Chemins : Il n’y a qu’un chemin pour faire ce magnifique trek, sans doute notre plus beau trek. Par contre, ce chemin est loin des sentiers battus, peu emprunté et difficile, mais magnifique. Pendant deux jours entiers il longe le plus grand champ de glace continental après le Groenland et l’Antarctique ! Il passe par un campement magique sur la plage d’un lac avec des icebergs. Ce chemin vous en mettra plein les yeux.
Contrastes : Le blanc éblouissant des glaciers et du champ de glace, contraste avec la roche brune sous vos pieds, le vert de la rare végétation qui pousse et le bleu étincelant des lacs glaciaires. Attendez-vous à une météo contrastée, et surtout à beaucoup de vent. Vous ne vous déplacerez pas que sur vos pieds mais aussi suspendus dans le vide sur deux tyroliennes pour franchir des rivières, sensations fortes garanties.
Conseils essentiels pour un trek sur la Vuelta al Huemul au plus près des glaciers.
Pourquoi faire la Vuelta al Huemul alors qu’il y a de nombreuses et renommées randonnées à la journée à El Chaltén ?
Selon nous c’est LE trek à faire en Amérique du Sud. Cela n’a rien à voir avec les randonnées que vous pouvez faire à la journée dans le parc. Vous serez transporté dans un autre monde pour quatre jours. Le trek permet de vous approcher des glaciers au plus près mais surtout d’avoir un aperçu de l’étendue du Campo del Hielo, le champ de glace, aussi appelé glacier Viedma qui est un des paysages les plus impressionnants que nous avons pu voir. C’est blanc à perte de vue hormis les traînées de sédiments et c’est immense. On aperçois ses différentes ramifications en glacier et on en longe certaines ! C’est époustouflant. En plus, le dernier soir le plus beau spot de camping : au coeur des arbres à l’abri du vent sur une plage d’un lac avec plein d’icebergs et le glacier en fond ! La bahía de los Tempranos porte bien son nom et est juste magique pour passer une belle nuit au calme.
Le meilleur sens de l’itinéraire de la Huemul
Nous avions vu un blog qui conseillait de partir au sud d’abord, mais nous avons opté pour le sens classique à l’ouest d’El Chaltén en premier. Nous pensons que ce sens là permet de bien meilleures vues sur le campo del hielo, mais aussi qu’il est plus facile de faire la pente très raide que vous pouvez voir sur le dénivelé en descente qu’en montée. Qui dit sens classique, dit aussi que vous serez avec d’autres personnes qui pourront vous aider pour les tyroliennes, nous ça nous a bien servi car Nolwenn n’est pas très grande et a moins de force dans ses bras.
Quand faire le trek de la Huemul?
Le climat en Patagonie est particulièrement rude, et cela est d’autant plus vrai sur ce trek qui passe par le Paso del Viento (col du vent) et au plus près des glaciers. Nous vous conseillons de faire ce trek en été entre décembre et février. Novembre et mars peuvent être envisageables selon la météo. Dans tous les cas il faut vérifier la météo et surtout que le vent n’est pas trop fort, cela peut être dangereux pour les passages en tyrolienne. Il faut aussi s’enregistrer à l’accueil du parc et ne pas oublier de prévenir lorsque l’on revient.
Comment se rendre à El Chaltén, départ du trek de la Huemul.
Il faut 26 heures de car sur la ruta 40 pour rejoindre El Chaltén depuis Bariloche. Le trajet vaut le coup, on traverse les steppes patagoniennes arides et on peut même voir des guanacos sur le trajet.


Où dormir et manger à El Chaltén, départ du trek de la Huemul
Nous avions dormi gratuitement dans les campements du parc national (voir [randonnées à El Chaltén]). En revanche, cela implique de marcher pour rejoindre les campements. Nous avions donc commencé notre premier jour sur la Huemul avec 7 km dans les jambes et terminé le quatrième jour avec 6 km de plus !
La Patagonie c’est cher, donc nous avons cuisiné en nous ravitaillant dans les petits supermarchés d’El Chaltén, un d’eux est même bio, très cher mais bien pour les fruits et légumes. Nous avions aussi pris de petites viennoiseries (6 pour 2€).
Budget pour notre trek sur la Vuelta al Huemul
Il s’agit de notre budget par personne, seulement pour le trek au départ d’El Chaltén, sans compter les nuits ou la nourriture à El Chaltén. Le matériel ce sont les deux baudriers que nous avons loué pour franchir les tyroliennes, nous les avons eu à moitié prix.
Le total est de 43,18€ soit 10,80€ par jour et par personne.

Matériel pour un trek sur la Vuelta al Huemul.
Il est vraiment indispensable d’être équipé pour franchir les tyroliennes. Il y a plusieurs loueurs dans le centre d’El Chaltén mais ça peut vite partir. Certain.es préfèrent louer un seul baudrier et une corde mais nous avons préféré jouer la sécurité avec un baudrier chacun. Les cours d’eau sont hauts et puissants, ce n’est pas sûr de les franchir à guet. Prenez de quoi vous équiper chaudement, il fait très froid près des glaciers, surtout quand le vent souffle. Nous avions parfois trois couches en bas et cinq en haut, avec bonnet, gants et tour de cou ! Pour le reste du matériel nous vous renvoyons à notre [page spécifique]. Pour la nourriture nous avions des repas lyophilisés avec nous et nous les avons bien appréciés, avec le froid, un repas rapide et calorique est d’autant plus nécessaire. Nous sommes partis avec toutes nos affaires, mais il est sûrement possible de laisser ce dont vous n’avez pas besoin dans le village et avec le recul nous vous le conseillons.
Itinéraire de notre trek sur la Vuelta al Huemul
Vuelta al Huemul (fichier gpx)
Récit de notre trek sur la Vuelta al Huemul
Jour 1 : El Chaltén – Campement Toro
Pas encore de paysages époustouflants pour ce premier jour de marche, un début de trek classique.
Le chemin monte jusqu’à un col avant une longue descente. Dans la descente ils y a plusieurs rivières à franchir, certaines avec un pont en tronc d’arbre, d’autres pieds dans l’eau glaciale!
Il y a des vaches sauvages auxquelles il faut faire attention. Les sacs avec quatre jours de nourriture et les harnais pour les tyroliennes étaient vraiment très lourds. Sinon pas de difficultés particulière.
Le campement est assez grand et équipé pour bien abriter sa tente du vent qui souffle fort.




5h30. Le réveil sonne. Il fait froid. On s’habille rapidement et prends le petit déjeuner. A 7h nous partons du campement pour être à El Chalten vers 9h afin de récupérer le matériel nécessaire pour le trek et ne pas partir trop tard. Le temps est à la brume ce matin et nous ne voyons pas le Torre en partant, ni une seule fois sur le chemin d’ailleurs. Le sentier est assez plat et traverse à nouveau des petits bosquets et des steppes. Nous voyons peu les montagnes en raison des nuages mais le soleil est quand même de sortie et permet de nous réchauffer. Autant nous avons vite parcouru les premiers kilomètres indiqués, autant la fin nous semble interminable.
Nous arrivons par le haut du village. Le vent souffle terriblement fort ici alors qu’en altitude ça allait. Nous mettons un peu de temps à nous repérer mais finissons par retrouver la rue principale. Il est 9h30. Le premier loueur (chez lequel nous avons acheté la carte) n’a plus de kit de tyrolienne complet… Il nous indique une potentielle autre boutique. Le gérant est de bien meilleurs conseils et a encore le matériel. Il nous dit que selon lui il vaut mieux un harnais par personne (le premier loueur avait dit qu’un seul pour deux suffisait, avec une corde) car si un galère l’autre peut aider et aussi s’il y a un problème avec un des harnais. Après avoir un peu discuté, on décide de jouer la sécurité et de partir avec deux harnais. Le gérant nous explique bien la différence entre les deux mousquetons et comment parcourir les deux tyroliennes que nous aurons à passer. On décide de ne pas prendre de corde parce que normalement il y en a une à chaque tyrolienne pour récupérer la poulie et sinon on fera à la force des bras.
Nous avons tout pour tenir 4 jours en autonomie. Nous allons nous réfugier à la gare routière pour apprécier nos viennoiseries et un muffin avec les excellentes cerises pour les vitamines. Nous faisons nos sacs avec les courses et le harnais et en profitons pour utiliser de vraies toilettes et refaire le plein de papier toilette. Avec le wifi de la gare sur un des téléphones (nous économisons au maximum la batterie), nous nous enregistrons auprès des gardes du parc national, c’est obligatoire pour le trek que nous allons entreprendre parce qu’il se situe dans une zone éloignée et est difficile. Tout est bon, nous sommes prêts à partir pour la Vuelta al Huemul.
Le chemin est commun avec un autre menant à un sommet au début. Le temps est bon, du soleil, parfois quelques gouttes mais pas mal de vent encore. Après 400 m de dénivelé et 4 km nous arrivons à la bifurcation, nous ne ferons pas le détour au sommet. C’est dur, les sacs sont vraiment lourds avec la nourriture, l’eau et les harnais. La montée est raide. Mais « hoy es fácil » selon le loueur. Ça promet pour les jours suivants. A la bifurcation, un panneau nous met en garde contre les vaches sauvages, et la conduite à adopter si on en croise. Le chemin est très peu visible sur le début, ça y est la vraie aventure commence. Il nous reste 300 m de dénivelé encore. C’est à travers la forêt nous apercevons quelques vaches et sommes peu rassurés mais tout se passe bien. Ça monte raide. Presque au sommet, on sort de la forêt. On voit en contrebas le Lago Viedma, grand lac avec quelques iceberg qu’on retrouvera dans 4 jours, à la fin du trek. Il pleuviote un peu, il nous reste 20 mètres de dénivelé jusqu’au col, alors nous décidons de manger à l’abri dans le petit bois. Vers la fin du repas je remarque qu’il grêle…oui on est l’équivalent de début juillet, à la latitude de Lille et seulement à 1000m d’altitude. La Patagonie c’est un climat à part.
Après le col on commence la descente longue de 8 km dans la vallée vers le Rio Túnel. On trouve un paysage de prairie alpine brumeux. Il pleut. Il vente. Il fait froid. C’est dur pour moi qui aimerais un lit au chaud ce soir, mais Yannis reste positif et nous permet de garder le moral. On traverse plusieurs cours d’eau, dont certains pieds nus. L’eau est vraiment glaciale. On finit enfin par arriver au campement, on est les derniers, il n’y a qu’une quinzaine de te tentes, mais on parvient à trouver un emplacement assez grand et abrité du vent. On monte la tente puis on va remplir nos gourdes dans le ruisseau. Une fois cela bon on se réfugie dans la tente, se change avec des affaires sèches et on décide de cuisiner depuis la tente sous le auvent, la surtente ouverte, tant le temps est terrible. Il neige même tant il fait froid… Le repas est un échec. Le millet n’a jamais cuit, on mange une espèce de bouillie de quinoa avec des grains de millet craquants, assez terrible. Heureusement une petite soupe lyofilisée nous fait un peu de bien et les biscuits de fin de repas nous réconfortent un peu. On se couche avec plus de huit heures de sommeil devant nous. On est épuisés par nos 27 km de la journée et le réveil très matinal. On espère bien récupérer et un meilleur temps pour demain.
Jour 2 : Campement Toro – Campement Paso del Viento
Premier jour de paysages grandioses, vous serez vraiment au bord des glaciers puis le long du champ de glace.
Le début de la journée est relativement plat jusqu’à la tyrolienne, qui se passe sans difficultés mais un peu de force dans les bras. La suite est relativement plate et le long d’un sublime glacier. Nous avons préféré le longer plutôt que de marcher dessus. Ensuite, ça monte raide mais toujours le long des glaciers. Nous avons eu beaucoup de vent très fort pour la montée du col. Mais, une fois en haut, vous serez récompensé par l’inoubliable vue sur le Campo del Hielo. Avec le vent et le froid nous sommes descendus très vite mais avec les yeux remplis d’étoiles. La fin est plate à travers de la prairie jusqu’au campement.
Vos principaux adversaires seront le froid et le vent, ainsi qu’une montée bien raide pour muscler les jambes après les bras grâce à la tyrolienne. Mais les paysages splendides les font vite oublier.
Pas de vue splendide au campement, une haute colline l’abrite du vent glacial du champ de glace, en revanche il y a un petit abris fort utile contre le froid pour se préparer le repas.








Ce matin c’est le grand jour. Normalement on devrait voir des paysages vraiment grandioses. Probablement parmi les plus incroyables qu’on ait jamais vu. C’est bien pour ça qu’on s’est aventurés dans cette histoire, parce que sinon les nuits sous la neige avec le vent à avoir pas mal froid quand même, à se lever le matin sous un vent glacial avec le soleil qui n’arrive même pas à réchauffer et remplir des gourdes qui laisse les doigts gelés ben on n’aurait juste pas fait.
Après nous être mis difficilement en route, vu les conditions météorologiques que j’ai décrites, nous nous dirigeons face au vent plutôt glacial vers notre première étape : la tyrolienne. Nous avançons vers le lago toro, très beau, dans la brume matinale qui recouvre encore le sommet des montagnes. Après avoir longé la falaise un moment nous empruntons un sentier qui borde le lac puis montons sur des cailloux le long d’une petite cascade qui nous amène à un autre petit lac perché un peu plus haut que le toro, et moins grand. Nous avançons encore un petit quart d’heure au milieu des rochers pour arriver face au torrent que nous allons franchir suspendus à un câble. Nous arrivons en même temps qu’un autre couple ce qui nous rassure, et finalement quatre autres personnes sont même en train de s’équiper pour traverser. La première s’élance, en arrière suspendu au câble elle se tracte à la force de ses bras. Devant elle (ou derrière selon le sens de la marche) vient son sac attaché avec le même mousqueton que sa ligne de vie. L’autre mousqueton est attaché à la poulie qui était déjà sur le câble. Nous nous harnachons tranquillement pendant que les personnes passent tout en vérifiant comment elles procèdent. Pendant ce temps le couple derrière nous décide de passer un peu plus bas à gué, sûrement pour ne pas attendre… vient notre tour et je m’élance la première. Au début ça va mais la fin ça monte. Je suis gentiment aidée par le couple d’Allemands qui a attendu de l’autre côté, m’encourage et l’homme me hisse sur la fin. Puis Yannis y va à son tour. Ce n’est pas comme les tyroliennes de l’accrobranche ici, ça file pas tout seul… et puis il faut aussi tracter les quinze kilos du sac. La tyrolienne passée nous nous élançons vers la suite de notre itinéraire.
Peu à peu nous voyons les montagnes recouvertes de neige s’élever à notre droite. Et à leurs pieds un majestueux glacier d’un très beau bleu commence à s’offrir à notre vue. Nous montons un peu avant de descendre, et comme nous finissons la descente nous approchons du glacier jusqu’à le voir de quelques mètres. Le groupe devant nous décide d’aller s’y aventurer. Il y a quelques années encore le chemin passait par le glacier, mais aujourd’hui avec le réchauffement climatique le glacier est bien moins grand qu’avant et le chemin reste sur les cailloux à flanc de montagnes. On préfère y rester plutôt que de jouer avec notre sécurité à marcher sur de la glace pour le symbole. Certes il y a plein de cailloux donc c’est possible de marcher mais on ne sait jamais, surtout qu’avec le réchauffement justement beaucoup de glaciers sont peu stables. Nous avançons, haut bas dans les graviers et cailloux de la montagne avec une vue qui nous semble même encore plus magique depuis le haut, sur le bas du glacier et la partie qui s’étend sur le flanc des montagnes recouvertes de neige. À force d’avancer nous atteignons la fin du glacier, et voyons un torrent venir couler sous ce dernier. De là où nous sommes nous commençons également à avoir une très belle vue sur la vallée où nous étions la veille, avec le lago toro. Nous montons encore une petite rampe raide pour arriver en contrebas, protégés du vent qui continue de souffler bien fort depuis le matin, à un bivouac où nous prenons notre déjeuner en compagnie de cinq autres personnes qui font le même trek que nous.
Puis nous repartons, au milieu des montagnes du Cerro Huemul (dont nous faisons le tour) à notre gauche, et des pics enneigés à notre droite. Bientôt nous voyons un deuxième glacier dévaler les pentes de la montagne à droite, et en montons un peu plus nous pouvons maintenant voir les deux glaciers séparés par un torrent qui les relie.Nous commençons maintenant l’ascension du Paso del viento (col du vent) et plus nous montons plus les vues sont à couper le souffle (pas celui du vent qui est de plus en plus fort avec l’altitude) sur les deux glaciers, les montagnes, et derrière nous la vallée que nous voyons à présent en entier avec le rio toro qui serpente après avoir pris sa source dans le lago de même nom.La montée est dure, quatre kilomètres pour environ quatre cent mètres de dénivelé, le sentier n’est pas si dur mais nos jambes souffrent avec la journée de la veille et le poids du sac, et pour rendre tout ça plus simple le vent souffle très fort. Proche du sommet nous sommes souvent obligés de nous appuyer quelques secondes avec nos mains sur le côté en attendant qu’une rafale passe.Nous sommes presque au sommet, un dernier regard vers les glaciers majestueux et la cascades puis nous nous lançons vers le col et ce qu’il y a derrière. Le vent souffle terriblement fort et arrache malheureusement la housse de pluie de mon sac, qui le protégeait de la petite neige qui tombait depuis le matin.
Et puis, à travers les pics des montagnes devant nous, nous apercevons le paysage que nous sommes venus chercher. Le chant de glace continental de Patagonie. Nous apercevons la glace qui s’étend à nos pieds, loin en contrebas même si avec cette étendue blanche un peu marron parfois car recouverte de sédiment on dirait presque être à la même hauteur. Au loin des montagnes presque entièrement blanches de neige se détachent sur le ciel et les nuages. Nous avançons tant bien que mal dans ce vent terrible et glacial (c’est le cas de le dire) en tentant de prendre la mesure du paysage qui s’offre à nous. Je parviens à comprendre que le champ de glace s’étend bien plus bas que nous et sur une étendue immense. Nous nous élançons dans la descente car impossible de rester là haut malheureusement avec le vent qu’il fait Nous descendons en nous arrêtant quand nous le pouvons pour observer ce paysage désolé et si splendide. Les larmes nous viennent aux yeux à contempler ce désert, un des rares lieux où l’homme ne s’aventure pas et où même les animaux se font presque absents. Impression d’être dans un endroit irréel, difficulté à nous rendre compte de ce que nos yeux nous montrent.Puis nous arrivons sur le bas de la descente et une petite barrière montagneuse nous cache le champ de glace, mais nous protège également heureusement du vent. Nous sommes à bout, épuisés par la montée du col mais surtout le combat avec le vent qui nous a également forcé à descendre très vite. Heureusement il fait un peu moins froid maintenant et nous ne sommes plus très loin du campement. Nous avançons donc d’un bon pas dans ce qui ressemble à présent à une prairie alpine avec un petit ruisseau qui coule au milieu de la pelouse. Puis nous apercevons un petit lac à côté duquel se trouve le campement.
Quand nous arrivons nous nous dépêchons de planter la tente pour laisser le soleil qui illumine encore le lac la réchauffer. Il ne fait mine de rien pas très chaud, même si ça n’empêche pas deux fous de se baigner dans le lac. Nous passons un peu de temps dans la tente puis nous voyons des gens cuisiner dans le refuge (une vieille baraque là pour abriter les malheureux pris ici dans la tempête) et décidons de faire de même. Ce soir c’est repas lyophilisés. On en a pas beaucoup parce que c’est cher mais une fois dans ce trek ça fait beaucoup de bien surtout après le raté de la veille. Le repas fini nous allons nous mettre dans la tente et nos sacs de couchage, habillés cette fois pour survivre au froid. Et des images de glacier derrière les yeux.
Jour 3 : Campement Paso del Viento – Campement Bahía de los Tempranos
La journée est aussi incroyable que la précédente. On commence par longer le champ de glace avant de rejoindre le lago Viedma et ses icebergs.
Le début est assez simple mais relativement long au bord du champ de glace. Puis, la montée au col est raide, nous avons été propulsés par le vent rendant l’ascension complexe. Enfin, c’est la redoutée descente à pic. Mais, finalement, ce n’est pas si impressionnant, on ne la voit pas et le sable et racines permettent de freiner. Une zone est technique mais une corde permet de passer sans encombres.
Le campement est lui incroyable. Bahía de los Tempranos, au bord du lac Viedma sur une petite plage avec les icebergs qui craquent et le glacier en fond. Juste magique. Il y a peu de places en revanche (moins de dix), nous vous conseillons de partir tôt pour trouver un spot. Vous serez sinon obligés de rejoindre l’autre campement sans icebergs ni glacier.





Nous avons eu moins froid cette nuit en restant habillés dans nos sacs de couchage. Le réveil est donc un peu moins dur. On s’habille rapidement, puis on plie les sacs de couchage et matelas, et on fait nos sacs avant de défaire la tente. On va préparer notre petit déjeuner dans l’abri, on y sera bien mieux. Après le porridge (l’avoine qu’on a acheté en vrac a un goût terrible, très amer), et quelques fruits et biscuits pour faire passer le goût, on boit une bonne tisane bien chaude en préparant la polenta du midi, avec des olives noires et des graines comme la veille. L’un fait la vaisselle, l’autre rempli les gourdes, et on termine nos sacs en vitesse, les campeurs se sont bougés plus vite qu’hier et comme le camp suivant n’est qu’un bivouac on craint le manque de place et le vent. On part après tous les couples d’hier mais avant le groupe de gens seuls. On pense être assez bien.
Nous commençons par monter un peu, et très vite nous revoyons le glacier Viedma, le champ de glace. C’est magnifique. La glace s’étant à perte de vue, jusque dans le fond de notre champ de vision au milieu des montagnes enneigées. Le chemin continue de monter doucement et on finit par apercevoir la Laguna Viedma, celle dans laquelle le glacier se jette. On s’arrête régulièrement pour profiter de la vue. C’est vraiment magique. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le glacier n’est pas d’un blanc immaculé mais a de nombreuses traces de sédiments qui forme une « route »au milieu du glacier. Nous avons été assez lents et nous accelérons donc le rythme. On continue de longer le glacier en le surplombant. On arrive dans une vaste prairie et on revoit les couples qui nous précèdent. De temps en temps on revoit les petits oiseaux dont le ventre est couvert de plumes drues et toutes blanches. Nous parvenons à une petite cascade avec vue sur le glacier et une petite lagune avec quelques icebergs. Les précédents s’y sont arrêtés manger, nous décidons de faire de même, avant la montée du col.
Après notre repas (on constate que nous sommes les seuls à prendre un vrai repas et pas seulement un sandwich et des biscuits), nous repartons pour monter le col. L’ascension commence deux cents mètres plus loin. Et là c’est terrible. Un vent puissant souffle dans notre dos et nous pousse. Je pense qu’on est jamais montés aussi vite. C’est très raide mais la seule chose à faire et d’essayer de trouver un endroit pour poser les pieds les jambes et le corps propulsés par le vent. Arrivés en haut du premier raidillon, nous nous assaillons et admirons pour la dernière fois la troisième plus grande étendue de glace au monde. Magique. On repart ce n’est pas plus simple. Arrivés en haut du deuxième raidillon on a cette fois vue sur le Lago Viedma et quelques icebergs qui s’y promènent. La couleur de l’eau est sublime.Nous ne nous attardons pas trop à cause du vent.
Nous attaquons la première partie de la descente, assez simple. On passe de nouveau dans des petits bosquets et de la prairie. On arrive à un promontoire après un peu de plat avec une belle vue sur la lagune et ses petits icebergs. Ensuite commence la descente terrible. 700m de dénivelé négatif sur 2,5 km…. C’est sableux, donc ça glisse, quelques racines font obstacle et quelques pierres sur le chemin mais rien de méchant. L’avantage est qu’on ne voit pas la descente. Juste on avance. Plus bas. On finit tous les deux plusieurs fois sur les fesses sans jamais se faire mal. Même mes genoux résistent bien ! Je me fais un peu peur à un endroit où il y a une corde pour escalader un rocher. Mais bien plus de peur que de mal. On finit par arriver en bas avec deux couples d’avance par rapport à hier. On se trompe de chemin vers le campement, donc un couple arrive avant nous. Mais nous avons la dernière bonne place . Ouf.
On est bien fatigués par la journée, mais il est seulement 15h30. On a fait en 6h ce que la carte prévoyait en 8 et avec la pause repas. On se change car on est trempé, et on mange nos barres avant de mettre la tente. Le campement est incroyable. Au bord d’une plage de rochers avec une baie remplie d’icebergs qui sont en fait énormes et pas petits du tout. Une fois la tente mise on va s’y poser pour admirer les icebergs et même voir le glacier Viedma se jeter dans la lagune. C’est magique. On cuisine et mange sur la plage. Le vent souffle très fort, par rafales. On galère un peu à cuire nos pâtes après avoir juste chauffé l’eau pour la soupe et un peu de polenta (on ne veut pas retenter l’expérience millet quinoa…Tant pis si on manque un peu de polenta pour demain midi). On a un peu peur pour la tente mais elle a l’air de tenir. Il fait au moins 10°C de plus ici qu’hier (on est à seulement 300m). C’est très agréable. Alors on se pose pour lire et écrire le blog avec le bruit des icebergs qui se rompent, de l’eau qui clapote et le glacier en vue. C’est une soirée magique.
Jour 4 : Campement Bahía de los Tempranos – El Chaltén
Dernière journée du magnifique trek. Et comme la première journée, c’est une étape typique de fin de trek, avec une fin très longue et assez monotone. Le matin les icebergs et le glacier en fond (dans le « rétroviseurs ») rendent la marche très agréable.
Le début est assez vallonné mais simple, jusqu’à la tyrolienne encore plus simple que la précédente si vous ne faites pas l’erreur de garder votre sac sur le dos ou de partir en avant !! La suite est très longue et les paysages bien moins impressionnants. Il pourrait être possible de se faire prendre en stop, mais il y a relativement peu de passage.
Le trek valait cent fois la peine les derniers longs kilomètres.



Lorsque j’ouvre les yeux je vois que les rayons de soleil éclairent la tente. Il est 6h30 et il fait une température très agréable, ce qui est très agréable justement après les quelques jours que nous venons de passer. Ça y est, le dur du trek est derrière nous, que ce soit par rapport au climat ou au parcours. Ce réveil a un doux goût de retour au « normal », il règne dans le camp une ambiance de fin et de relâchement aussi. L’épreuve des deux derniers jours est derrière nous, aujourd’hui nous retournons à El Chalten. Le splendide sauvage des champs de glace est derrière nous aussi, aujourd’hui c’est à nouveau la beauté magique et tranquille des icebergs et du glacier en toile de fond qui nous tient compagnie sous le soleil pendant notre petit-déjeuner.
Même avec ce sentiment de dernier jour, personne ne traîne au campement et pour cause : il reste environ vingt-quatre kilomètres jusqu’à El Chalten. Alors il y a l’option seulement dix-huit mais pour ça il faut avoir de la chance et trouver une voiture à un petit port au bord du lago Viedma, Bahia Túnel. Nous partons donc vers neuf heures, au milieu des autres trekeurs des derniers jours.La première partie traverse une petite prairie. Nous nous posons au bord d’une petite lagune avec quelques oies sauvages. Tout à coup, une tâche bouge dans l’herbe. C’est un lièvre ! Un petit lièvre de Patagonie. Je m’empresse de trouver les jumelles dans le sac, et pendant ce temps deux autres lièvres apparaissent en courant l’un derrière l’autre. Je suis aux anges, le lièvre de Patagonie, ça a beau ressembler juste à n’importe quel lièvre à mes yeux, ça fait vraiment partie de mon imaginaire de la Patagonie, et c’est la première fois que j’en vois. Après les avoir observé un moment, nous continuons et retrouvons une autre baie du même lac Viedma, que nous longeons un bon moment sur des cailloux noirs dans lesquels nous nous enfonçons un peu. Sur la fin de la baie, avant de remonter dans la prairie nous nous retournons pour retrouver émerveillés une vue magnifique du glaciar Viedma qui se déploie là où il se jette dans le lac. Nous gardons le glacier dans le rétroviseur pendant la montée des petites collines qui n’est certes pas très dure mais tout de même éprouvante pour nos organismes fatigués. Nous ne sommes pas les seuls dans ce cas, les autres s’arrêtent aussi plus souvent pour des pauses que les derniers jours. Nous rattrapons des groupes partis avant nous.La marche continue ponctuée d’arrêts demi tours pour observer le glacier, à qui nous finissons par dire au revoir au sommet des collines.
Puis c’est la descente qui se fait très très longue vers le Rio Toro que nous allons traverser avec une nouvelle tyrolienne. La marche jusque là est longue et difficile mais nous finissons par arriver, les premiers nous croyons ce qui nous réjouit parce qu’il y aura moins d’attente. Malheureusement en arrivant c’est la queue, cinq personnes devant nous ! Elles sont parties d’un autre campement mais nous pensions qu’elles seraient déjà passées… nous comprenons néanmoins bien vite pourquoi ça bouchonne. Les gens sont en très grosse galère pour passer la tyrolienne ! Il y a quand nous arrivons quelqu’un complètement bloqué au plein milieu, avec son sac sur le dos et non accroché à la ligne de vie. Une autre personne sur la rive opposée doit se déchausser pour aller dans la rivière le tirer. Quand vient le tour de sa compagne elle se présente en avant et non pas en arrière et met elle aussi un temps immense à traverser. De notre côté tout le monde est arrivé et s’impatiente énormément vu comment s’était bien passée la première tyrolienne. Nous sommes plusieurs à hésité à passer à gué, mais d’autres nous disent que l’eau monte à la taille, et le courant est bien puissant… les quatre personnes devant nous finissent tant bien que mal à passer puis c’est enfin notre tour. On m’aide pour accrocher le sac parce ce que ça c’est effectivement pas facile le départ étant en hauteur. Puis Yannis s’élance et passe la tyrolienne en un rien de temps aidé par l’élan de la pente au début. On l’aide aussi à enlever mon sac puis je passe aussi rapidement et sans difficulté. Derrière nous ça devient fluide aussi, nous aidons encore le couple juste après nous puis repartons.
Nous avons pris notre repas pendant l’attente, la prochaine étape c’est Bahia Tunel. Quand nous arrivons il y a deux voitures et une troisième qui arrive déjà pleine. Nous décidons d’attendre dans l’espoir de nous faire ramener. Nous avons en fait l’espoir de pouvoir monter le soir encore au Fitz Roy voir la lagune avec la montagne derrière puisqu’il fait beau. Malheureusement, les voitures restent immobiles et au bout d’une demi heure nous décidons de partir, un peu déçus. Déjà maintenant il reste encore six bornes de plus à parcourir, avec de la montée encore et ça sera très long jusqu’à El Chalten. Quand nous arrivons il est 16h30 et le Fitz Roy est à moitié dans les nuages. Allez on sera raisonnables on est bien trop claqués pour monter encore et puis si c’est pour même pas avoir la vue complètement dégagée. Malgré tout nous n’avons pas fini la marche : comme nous n’avons pas envie de payer une nuit en hostel alors que nous pouvons dormir gratuitement dans les campements du parc, il nous faut encore marcher cinq kilomètres avec environ quatre cent mètres de dénivelé pour rejoindre le campement Capri. Nous y arrivons vers 20h30 avec le coucher du soleil pour prendre notre repas. Sans regrets de ne pas monter au Fitz Roy, nous allons donc dormir dans notre tente, avec le soulagement de la nuit dans un lit qui nous attend le lendemain. Et l’impression d’être revenus à la civilisation après nous être aventurés dans des contrées sauvages et magiques.

Bilan
Trekker sur la Vuelta al Huemul est inoubliable. On s’approche tout près de majestueux glaciers et lacs glaciaires, et surtout pendant deux demi-journées on longe le Campo de Hielo, le champ de glace patagonien, c’est grandiose ! En revanche ce trek se mérite. La distance et le dénivelé ne sont pas d’obstacles majeurs pour de bons marcheurs. En revanche, la météo capricieuse et le poids des baudriers rendent vite le trek difficile. Nous avions un peu peur des passages en tyrolienne, mais ils sont relativement courts et se font très bien. Ce trek est un véritable coup de coeur. Si vous aimer la nature, les paysages magnifiques et que vous êtes de bons marcheurs allez-y les yeux fermés !

